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TV - Ennemie public Numéro 1? - Vendredi 3 avril

La TV ? notre maman à tous ?  
Les ados passent de plus en plus de temps devant les écrans et bien sûr devant la TV. Les petits aussi et vieux encore plus. Qu'est ce qu'il y a de particulier a consommer ce média sans mesure.

La séance d'aujourd'hui a été plus une lecture de vidéos qu'une discussion .... Bravo au public constitué de collégiens qui se sont accrochés pour comprendre.



Michel Desmurget présente son travail sur les effets de la télévision.


En 1996 Pierre Bourdieu nous indique le risque de se divertir par les faits divers.

Bernard Stiegler nous déclare dans un article de Philomagazine
Quelles sont les conséquences, sur les enfants, de la consommation d’images télévisées ? Le problème, est-ce l’écran ou le programme ?
On a admis au cours des dix dernières années que le tabac tue. Il faudrait aujourd’hui admettre que la télévision détruit l’appareil psychique des enfants et affecte leur organisation cérébrale. En dix ans, elle est devenue un fléau mondial. Alors que se développent des chaînes comme Baby First (pour les bébés de 6 mois à 3 ans), nombre d’études scientifiques prouvent l’extrême toxicité de la télévision en particulier à cet âge. La consommation audiovisuelle précoce modifie la formation des circuits synaptiques entre les neurones, ce qui peut entraîner un déficit attentionnel et une hyperactivité. La télévision suspend la motricité. Or la relation motrice que le bébé entretient avec ses parents par l’intermédiaire d’objets transitionnels (doudous, jouets, etc.) est le socle de sa construction affective. La télévision court-circuite aussi l’identification primaire, relation d’identification indélébile du jeune enfant avec son environnement proche, telle que la définit Freud. Cette relation sert de base psychique à la construction de sa personnalité et est un vecteur d’identification à l’idéal du moi des parents, et à travers eux d’intériorisation du surmoi – ce qui rend possible un effet de la loi sur l’individu, sans quoi aucune société n’est possible. Un enfant prématurément dépendant de la télévision s’identifie primairement non plus aux parents mais à la télévision. Ces modèles identificatoires étant artificiels, les enfants comblent le défaut d’identification par la marchandise et deviennent ainsi des hyperconsommateurs.

Les parents sont-ils responsables ?
Ce qui est compliqué, justement, c’est que la télévision tend à se substituer aux parents : 60 % des comportements d’achat sont aujourd’hui prescrits par les enfants, ce qui est grave, car ce sont bien sûr les parents qui doivent être prescripteurs. Un autre problème est préoccupant : en l’espace de quinze ans, le temps de conversation familiale a diminué de plus de moitié aux États-Unis, passant d’1 h 12 à 34 minutes par semaine. La télévision capte aussi l’attention disponible pour l’école. Ainsi, les médias se substituent progressivement aux relations interindividuelles, familiales et sociales. C’est toute une écologie de l’affect que la télévision vient court-circuiter. Faire porter la responsabilité aux parents ou aux enseignants, censés faire la police, est ridicule : cela reviendrait à dire que, dans un milieu pollué, les victimes n’ont qu’à acheter des masques à gaz. C’est aux pouvoirs publics de prendre leur responsabilité. Ils ont une obligation d’agir. Et s’ils ne le font pas, ils finiront par être attaqués en justice.

Quel type d’action préconisez-vous ?
Il ne s’agit pas d’interdire la télévision. Il faut, en revanche, légiférer et développer une politique des médias qui repense toute la société contemporaine. Lancer un débat de salut public autant que de santé publique. L’exemple de l’alcool est éclairant. Pendant des siècles, on a donné de l’alcool aux enfants quand ils étaient malades… La puissance publique a joué son rôle éducatif en la matière. Une politique industrielle pour l’intelligence et contre l’abrutissement est possible : les médias devraient devenir des partenaires de l’éducation, et non leurs destructeurs. La télévision n’est pas mauvaise en soi. Ce qui est pathogène, c’est que les pouvoirs publics ont totalement renoncé à lutter contre la télévision soumise au marketing qui conduit inévitablement à une bêtise systémique, s’adressant à la pulsion pour façonner des comportements conformes aux intérêts de la consommation. Il n’y a aucune fatalité à ce que les médias ne soient pas mis au service d’une société civilisée, d’autant que le secteur va très mal (ainsi TF1 ou M6) : il faut lui inventer un nouvel avenir économique et une nouvelle mission. La télévision est un pharmakon, c’est-à-dire tout à la fois un poison et un remède. Il s’agit de changer la toxicité en thérapeutique et de redonner à ce pharmakon sa fonction d’élément de soin. L’homme peut et doit être éduqué, élevé plutôt que tiré vers le plus bas

http://arsindustrialis.org/content/soci%C3%A9t%C3%A9-et-t%C3%A9l%C3%A9vision-au-xxi%C3%A8me-si%C3%A8cle-bernard-stiegler
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référence de l'article cité par B Stiegler: http://link.springer.com/article/10.1007/s11205-008-9296-6#

“Regarder la télé est un processus passif qui aide à oublier les soucis et offre des plaisirs éphémères qui ne satisfont pas les besoins à long terme de l’être humain, contrairement à la lecture ou à la communication”, estime le professeur de l’Université du Maryland John Robinson, un des auteurs de la recherche.
L’étude conclut que des parallèles peuvent être établis entre l’addiction à la télévision et celle aux drogues, les deux procurant une sensation de plaisir momentané, suivi de sensations de regrets.

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Comme Conrad Lorentz qui devient le père ou la mère d'oies qu'il à vu naître et qu'il a élevées. La TV devient-elle par sa présence dés notre plus jeune âge,  notre mère à tous?


Konrad Lorenz la maman des oies.

La TV notre maman à tous ?


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