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11 Avril 2020 - Audio Conférence -Le care peut-il remplacer le capitalisme


Si, dans toutes les sociétés, le care rassemble les activités de soins aux personnes dépendantes (enfants, personnes âgées, handicapés, etc.), cette notion ne cesse de s’élargir dans les sociétés contemporaines, dominées par le capitalisme et caractérisées
 par ce qu’on peut identifier comme les « nouveaux risques sociaux ». C’est en effet d’abord l’évolution démographique et l’allongement de l’espérance de vie dans les pays les plus riches qui ont mis sur l’agenda social et politique le coût de la prise en charge
 de ces personnes dépendantes. Le care, travail féminin invisible et relégué à la sphère familiale et domestique, devient alors un enjeu politique et socio-économique sans précédent.

Le care s’élargit dès lors à une dimension plus générale de soutien multidimensionnel – soutien matériel, physique, moral et psychique – d’individus dépendants certes, mais aussi de tout individu, tout au long de sa vie, en tant que sujet en risque de perte
 d’ « autonomie », y compris sociale. Dans cette acception, le care est donc une activité qui, aujourd’hui, déborde de son cadre traditionnel ou rejaillit sur toutes ces dimensions.

Dans cette acception élargie, le care n’est ni un comportement, ni une activité intrinsèquement dévolus aux femmes. Pour autant, les conditions historiques et sociales de l’organisation des sphères domestique et productive ont conféré et à cette activité et
 à ce comportement un genre bien spécifique. On trouve ainsi une multiplication de recherches sur cet objet, à partir de l’entrée par le genre, et dont s’emparent les travaux féministes, en particulier lorsqu’ils visent à caractériser les nouveaux rapports
 sociaux qui s’y développent.

Le care devient d’autant plus un objet de recherche qu’il est annoncé ou vécu « en crise », crise induite par un double mouvement contradictoire. On assiste, d’une part, à une augmentation de la demande de care, liée essentiellement à l’évolution démographique
 et à la transformation de la définition des besoins. Parallèlement, induite par le développement croissant et persistant de l’activité professionnelle des femmes qui rétrécit la traditionnelle « disponibilité permanente » en matière de prise en charge de leurs
 proches, une rareté relative de l’offre de care est redoutée.

C’est de ce mouvement qu’émerge une vision de crise du care. Celle-ci prend l’expression d’une insatisfaction persistante des femmes actives ou inactives, sur qui repose la prestation des services gratuits, en dépit des mesures favorisant la socialisation de
 la prise en charge du care hors et dans la famille. Elle s’exprime également à travers la critique de la qualité des soins 

Bien sûr la question de l'après confinement est là ... qu'allons nous devenir ? En est-ce fini de la consommation ? Le care est-il la solution ? quel en sont les pièges ?

Il nous faut aussi parler de valeurs. On entend souvent que le Care serait une valeur féminine, le capitalisme est-il masculins. Le capitalisme masculin serait alors face à un Care féminin.

Le care peut-il remplacer le capitalisme ? ou est-ce le combat des sexes?

Le Care- ou la démocratie sensible

Depuis quelques années, le care suscite une curiosité et une perplexité motivées entre autres par son nom, un terme anglais laissé non traduit, car impossible à rendre en français par un seul mot, tant il engage de notions variées : celles du soin, du souci, de la proximité, du fait de se sentir concerné, donc d'attitudes ou de dispositions morales (care aboutfor), mais aussi celles de l'activité et du travail de care (take care). Il semble aussi être défini négativement : I don't care, ne pas se soucier... Car la première fonction de l'éthique du care est d'attirer l'attention sur un ensemble de phénomènes négligés : en premier lieu une dimension morale, en second lieu – mais l'urgence en apparaît quotidiennement – une dimension pratique, celle des activités de care et du statut des care givers.

L'humain comme vulnérable

La pensée du care, en proposant de donner tout leur sens à des valeurs morales d'abord identifiées comme féminines – le soin, l'attention à autrui, la sollicitude – a contribué à modifier une conception dominante de l'éthique. Par là, elle a introduit des enjeux éthiques dans le politique et placé la vulnérabilité au cœur de la morale au lieu de valeurs centrales telles que l'autonomie, l'impartialité, l'équité. Le care s'efforce d'attirer notre attention sur ce qui est sous nos yeux mais que nous ne voyons pas, par manque d'attention tout simplement, ou parfois par mépris pour un domaine humain d'activité tenu pour secondaire.
Le care renvoie à une réalité ordinaire : le fait que des gens s'occupent d'autres gens, s'en soucient et veillent ainsi au fonctionnement ordinaire du monde. Les éthiques du care affirment ainsi l'importance des soins et de l'attention portés aux autres, en particulier à ceux dont la vie et le bien-être dépendent d'une attention particularisée, continue, quotidienne.

Les femmes sont-elles plus morales que les hommes?


Regardez autour de vous : les hommes ne sont-ils pas des égoïstes qui, dès leur plus jeune âge, aiment la bagarre et les jeux de guerre ? De leur côté, les femmes ne pensent-elles pas davantage aux autres qu’à elles-mêmes et ne tentent-elles pas d’apaiser les tensions ? Voilà pour les clichés ; tout le problème est de savoir quelle part de vérité ils recèlent. Pour la plupart des féministes de la première génération, la remise en cause de la domination masculine et la conquête de l’égalité des droits ont conduit à critiquer toute différence de nature entre homme et femme. C’est ce qui a amené notamment à distinguer le sexe – donnée biologique – et le genre – construction sociale de l’identité sexuelle. Or voilà qu’une nouvelle vague féministe venue des États-Unis renverse cet égalitarisme et revendique la supériorité des valeurs morales féminines. C’est le care, ou la sollicitude, l’ouverture à autrui et le dialogue qui sont mis en avant, contre le goût du rapport de force et le solipsisme jugés trop masculins. À l’heure où le “deuxième sexe” conquiert la première place – aux États-Unis, les salaires des femmes sont désormais supérieurs à ceux des hommes –, la question se pose avec une acuité particulière : si les femmes prennent le pouvoir, en feront-elles un meilleur usage que les hommes avant elles ? Le débat s’annonce vif…
selon le ministère de la Justice français, 85 % des homicides et 98 % des crimes sexuels y compris sur mineurs sont commis par des hommes, 96,8 % de la population carcérale (au 1er janvier 2011) est masculine, 84 % des victimes de crimes conjugaux sont des femmes. « Dans aucune espèce vivante, constate l’anthropologue Françoise Héritier, les mâles tuent leurs femelles, parce que cela mettrait en péril la reproduction et la survie de l’espèce… sauf chez les hommes. Battre et tuer sa femme n’est donc pas un acte bestial mais bien l’exception du mâle humain ! »
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Quelques notes prise pendant le débat :
Caroline : Notion de biens qui sont communs par définition. Avant le xviii ème siècle les “communs” dans les villages. Avant le mouvement des enclosures.
On n’a pas besoin de “créer des richesses”: mais juste de répondre à des besoins, sans en créer à tout prix.

Christian : Suppression de l’état ou que l’état ?

Caroline: place de l’économie sociale et solidaire, comme les mutuelles (quand elles sont véritables), le secteur associatif, les syndicats? Gestion paritaire avec différents partenaires citoyens?
On parle de gestion locale alors que beaucoup de choses dépendent de l’Union Européenne.
Dans les docs, il y a la remarque des 2 chercheuses”mesurer, classer c’est une opération mentale masculine”.
D’un autre côté, on peut intégrer la santé, l’éducation dans la mesure du développement. Dans le monde diplo d’avril, plusieurs articles montrent le recul de ces indicateurs dans nos pays actuellement. “Austérité, la grande faucheuse” (mesure en Angleterre). Mesurer peut donc fournir des arguments de lutte.

école inclusive/ société inclusive au lieu d’assistanat. Relations horizontales, interdépendance et non pas dépendance. Capabilité, éducabilité, accessibilité.

Alors les curés, parlons-en!  :)
Charité, bienveillance (un oeil qui veille sur nous), etat-providence (ce mot venant de la religion): des relations verticales, asymétriques! “Sortir grandi”= on fait la charité pour se sentir supérieur, meilleur chrétien. Pour bien maintenir la frontière avec l’autre”, le “faible”.

Ils veulent qu’on rende des comptes ! 


Geneviève: Avant de nous quitter, je vous invite à aller voir Cynthia Fleury, “journal d’une confinée” PHILOSOPHE et PSYCHANALYSTE. Elle parle de “bien’sur’veillance”.

Elle a travaillé sur le Care également.

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