Les outils d'Intelligence artificielle ont changé la donne, tricher a-il-changé de sens ?
Quelques situations :
- Un élève demande à ses parents de l’aider à construire un modèle pour un projet de science. Est-ce que c’est de la triche ?- Un entraîneur de handball demande à une joueuse de faire semblant d’être blessée pour obtenir un arrêt de jeu. Est-ce que c’est de la triche ?- Un entraîneur de boxe demande à un athlète de frapper l’adversaire à un endroit où il a été blessé récemment. Est-ce que c’est de la triche ?- En 1967, Kathrine Switze s’inscrit sous un nom d’homme à un marathon interdit aux femmes. Elle veut réaliser son rêve et participer à cette course. - Un élève demande à ChatGPT de l’aider à écrire une rédaction. Est-ce que c’est de la triche ?Mais est-ce si simple ? Au contraire est-ce que le tricheur n’est pas un joueur encore plus engagé ? Si les jeux sont si importants pour le développement des enfants et pour l’éducation des adultes n’est-ce pas parce qu’ils nous apprennent à vivre, et à vivre ensemble ? Dès lors puisque la triche, le mensonge, la dissimulation ou la manipulation font partie de la vie, ne faut-il pas qu’il y ait des tricheurs autour de la table pour que le jeu soit sérieux ?
La triche, un phénomène complexe
On peut simplement prendre le temps de considérer la complexité de la triche. Le tricheur n’est pas un mauvais joueur, il ne veut pas que le jeu s’arrête, au contraire, il a tout intérêt à ce que le jeu continue jusqu’à ce que sa victoire soit éclatante. Il joue deux fois : il joue le jeu auquel il participe et il joue avec les règles de ce jeu. C’est sa manière de prendre le jeu au sérieux. Alors certes il pique quelques billets dans la banque du Monopoly ou pioche en choisissant ses lettres au Scrabble, ou invente des combines encore plus alambiquées, ce qui lui donne un avantage certain, mais cela témoigne d’une certaine intelligence du jeu. Et cela implique aussi de ne pas se faire prendre, de savoir faire semblant, d’anticiper les réactions des uns et des autres, de mettre au point toute une stratégie. La triche implique donc le développement de tout un ensemble de compétences cognitives et sociales Mais comme l’explique Nietzsche à propos du mensonge : "Les hommes ne fuient pas tellement le fait d’être trompés que le fait de subir un dommage par la tromperie." Ce qui nous parait moralement condamnable dans la triche ce n’est pas la triche en elle-même, mais ses conséquences : le fait d’avoir été manipulé, le fait que le jeu n’ait pas été égal, le fait que la victoire ait été volé. Mais la tricherie en elle-même n’est pas condamnée. Elle peut même devenir positive : quand on triche pour faire gagner ses enfants par exemple. Ou même plus largement : la politesse est une tricherie sociale, le théâtre ou le cinéma sont des tricheries artistiques, et jusqu’à la séduction qui implique une certaine tricherie avec la réalité pour se présenter sous son meilleur jour… La tricherie comme production d’une illusion n’est donc pas mauvaise en soi, il y a de bonnes tricheries et de mauvaises tricheries en fonction de leurs conséquences. Parce que nous avons un rapport intéressé à la vérité, au réel comme aux règles des jeux auxquels nous jouons. Le fait que la triche soit toujours possible doit donc aussi nous apprendre, en retour, à ne pas être trop crédule. A ne pas confondre confiance et crédulité. A ne pas considérer que l’accord sur des règles suffit. A développer son attention à la manière de jouer des autres, à rester sur le qui-vive pour débusquer l’éventuelle tricherie. Bref la triche est une invitation à jouer encore plus sérieusement.ref : https://dante.univ-tlse2.fr/access/files/original/0a9c14db7a9f6a1929d9532eb3765f1fa622f22d.pdf
La triche et le système
"C'est une complicité qui s'installe entre le tricheur malin et un système. Si le tricheur est découvert, le stystème perd sa crédibilité (comme dans le cyclisme des années 90) mais si pas, le tricheur permet d'avoir de s'assurer des résultats aux épreuves qui valident le niveau des dîtes épreuves comme faisables. La triche officielle qui consiste à remonter les notes de toute une classe d'age à un examen pour arriver à 90% de reçus est une opération qui laisse trace et qui pose problème en déngrant tout le système. Alors que la triche qui ne se voient pas est au contraire validante pour le système et son abscence devient dangereuse, car si la totalité des élèves échouent c'est l'épreuve qui est à revoir." CBE